Billets qui ont 'Degas, Edgar' comme nom propre.

Bribes

Je découvre à midi que je ne devrais pas être là. Quand le médecin des urgences avait dit «Je vous arrête jusqu'au 30», j'avais pensé «Il exagère, me faire reprendre lundi alors que mardi est férié», mais consciente qu'il allait passer sa nuit à soigner des blessés dans des états bien pires que le mien, je n'avais pas protesté.
C'était 30 inclus.


Plus tard.
— L'exposition Degas se termine quand? Ma vie est tellement con que je n'en sais rien.
— Je ne sais pas non plus, c'est le genre de truc que je lis sur les murs du métro. Tu n'as qu'à regarder.
Rire confus: — Moi dans le métro je ne vois rien, je pense au refinancement de la dette sociale.
(Et le pire, c'est que je sais que c'est vrai).


Vers 17 heures, je feuillette Paris-Match, un numéro de février peut-être.
«Adjani adore Zahia».
Je regarde Adjani. Quelle bouche laide, à force de toutes se faire bricoler (je viens de voir Carla sur une autre couverture), elles vont réussir à nous donner le goût de vieillir nature.
Je regarde Zahia. Blonde, l'air modeste, yeux noisettes, des seins dont on se demande là aussi s'ils sont entièrement naturels et une cambrure qui me fait mal pour elle. Mignonne.
Je regarde les photos, un truc kisch avec des fleurs et elle à poil, c'est une artiste? Ah non, c'est du Pierre et Gilles, ça y ressemble bien. Mais qui est cette Zahia?
Je lis un peu, les photos ne suffisant pas: pas possible, c'est la Zahia de Ribéry! Mazette, quel chemin parcouru.


18h55. Je démarre la voiture, le présentateur de France-Musique est en train de déclarer: «Marguerite Dura' aurait dit…» (Mais plus tard il remerciera Emmanuel(le) Rause (Mais peut-être est-ce réellement Rause et non Rose?).)

Bateau-mouche, musée d'Orsay.

Tout est dans le titre. Bateau-mouche un peu miteux, je trouve. Il me semble (souvenir vague) que j'ai dû prendre un billet pour les bateaux-mouches seule, en arrivant à Paris. Tous les hôtels particuliers étaient nommés, avec date et architecte, et j'étais désespérée de ne pouvoir les enregistrer au fur à mesure.
Aujourd'hui seuls les principaux monuments sont indiqués, et chaque phrase est répétée en plusieurs langues (anglais, japonais et ??).

Tout cela consiste à revenir sur ses pas, mais des pas quasi effacés. Orsay. Je me souviens d'avoir visité Orsay peu après son inauguration, inauguration qui suivait l'exposition impressionniste de l'hiver 1985 au Grand palais. (Oui je m'en souviens: c'était la première fois que j'allais voir une exposition).
Et puis une exposition Pompon. 1992?[1] Je me demande si ce n'était pas lors d'une soirée privée. C'est amusant d'écrire cela, cela donne l'impression d'une expérience très longue qui en réalité n'existe pas, comme le prouve d'ailleurs l'écart entre les dates.

Le musée d'Orsay d'aujourd'hui ne ressemble plus guère à ce qu'il était, même si je ne m'en souviens que confusément, ne serait-ce que par la manie de découper les grands volumes en petites boîtes pas trop éclairées (pour ne pas abîmer les tableaux? Mais les scènes d'opéra ou de théâtre ne sont pas éclairées non plus, nous assistons à une préciosité de la pénombre.)

Mais je ne me souvenais pas d'autant de tableaux, non, je suis sûre qu'il y avait bien moins de tableaux, de tableaux connus, aimés, presque des compagnons de vie tant ils m'ont accompagnée dans les livres de classe, dans diverses illustrations ou iconographies dont j'ai à peine conscience[2]. Intérêt des "boîtes" dans les grands volumes: cela multiplie les murs pour accrocher des tableaux.
(Je choisis les Pivoines de Manet. (La galerie des impressionnistes n'est pas dans la pénombre, elle bénéficie d'un bel éclairage zénithal)).

(J'ai oublié d'essayer de retrouver le petit meuble de Jean Puyaubert cité dans le journal 2006, je crois.)

Degas, Akseli Gallen-Kallela.
Grand souci de progression et de rapprochement dans l'exposition Degas, fascination de la variation, les quelques toiles d'autres peintres sont très judicieusement choisies. La provenance de certains dessins (très souvent américaine) me fait sourire: Degas à Kansas city, vraiment?
Akseli Gallen-Kallella résonne évidemment avec les Demeures de l'esprit du nord. Très bonne surprise que ces toiles, ne serait-ce que par leur variété de style, de sujets, de couleurs. J'aime beaucoup le visage rougi par le feu de l'homme en face de la cheminée.

Merci à Pierre.



PS: je me suis flambée la frange et les sourcils au calvados en préparant un lapin à la normande.

Notes

[1] 1994 me dit Google.

[2] Les enfants ne reconnaissent rien. Je m'étonne. Rentrée à la maison, je vérifie dans leurs livres de cours: pas un Monet, pas un Renoir, pas un Degas. Ni Millet, ni Fantin-Latour. Rien, aucune image destinée à devenir familière.

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